Innovation

Co-construire : « concrets et à taille humaine »

« L’an dernier, nous avons commencé à 3, aujourd’hui nous sommes 300. » Ce tweet aux airs de célébration illustre la dynamique de Co-Construire, un nouveau festival sur le thème de la co-création et de l’intelligence collective à Tournai. Pendant quelques jours, des participants enthousiastes ont échangé des idées sur la manière d’aborder ensemble des problèmes. 

Le cadre est essentiel

Les 300 participants venaient d’un peu partout, mais surtout de la région de Tournai. Co-construire est une initiative du Centre Régional d’Initiation à l’Environnement (CRIE) de Mouscron, de Wap’s Hub (Hub des Créatifs de Wallonie picarde) et de Culture.wapi (Agence culturelle de Wallonie picarde). Comme c’est généralement le cas dans les constructions co-créatives, il s’agit d’une structure ouverte et horizontale à laquelle on peut contribuer personnellement. 

La collaboration est une question de cadre. Co-construire l’a bien compris. Un site Internet interactif dynamique sur lequel les participants peuvent introduire activement du contenu. Un beau bâtiment de réunion (Saint-Luc à Tournai) avec des espaces pour discuter, se reposer et réfléchir. Et un bar, capital pour l’interaction. C’est également ce qui est ressorti des conclusions finales de cette rencontre de plusieurs jours : une mentalité active et ouverte des participants, et un bon cadre sont cruciaux pour le succès de la co-création.

Concrets et à taille humaine

« L’intelligence collective peut-elle sauver le monde ? » Telle était la question initiale de la séance d’ouverture du festival. La réponse, « oui », a été étayée lors d’une séance au cours de laquelle plus de 120 participants ont dialogué, en groupes de 3 au départ, puis de 6, 12 et 24. « Oui », certes, mais avec le sens des réalités nécessaire. « Nous devons rester concrets. Et à taille humaine. » C’est aussi comme cela que fonctionnent la plupart des pratiques co-créatives. Il ne s’agit pas des grandes histoires, mais de petites pratiques qui sont réellement en rupture avec le quotidien. 

Les Bruxellois de BEES Coop, par exemple, tiennent leur propre supermarché. Les produits proviennent de fermiers et producteurs locaux qui sont décemment payés pour leurs denrées. Le supermarché est géré par un collectif. Un coopérateur s’engage à travailler trois heures par mois pour le supermarché coopératif. Le gros des tâches est effectué par les membres : réassortiment des rayons, caisse, nettoyage, entretien, etc. La co-création mène parfois à une infrastructure plus grande, comme le montre OpenStreetMap, un projet de cartographie en ligne auquel tout le monde peut contribuer. Ainsi, les données appartiennent à la communauté, dans un contexte non commercial. Mais cela est également possible à une très petite échelle, comme on le voit dans la pratique de l’Îlot Madame à Tournai. Dans ce projet de reconversion urbain, les habitants sont systématiquement inclus dans l’écriture d’une histoire pour le quartier. Ainsi, Co-construire a présenté de nombreux cas concrets. Intelligents, simples et souvent faits de hauts et de bas. 

Et dans l’Eurométropole ?

Une initiative comme Co-construire est unique dans l’Eurométropole. Il est donc intéressant qu’il y ait des projets pour regarder encore davantage par delà les frontières nationales et régionales lors d’une prochaine édition. En effet, nous remarquons tout de même quelques différences sur le terrain transfrontalier. 

En France et en Wallonie, la vie associative est très développée et œuvre à des projets d’inclusion durables et sociaux en appliquant des méthodes co-créatives sous-jacentes. Lors de festivals urbains ou régionaux, les associations se présentent souvent ensemble. En Flandre aussi de tels réseaux et initiatives existent, mais ils sont souvent balisés thématiquement. L’organisation sera davantage thématique, dans un contexte d’entreprise, de culture, de bien-être, etc., et les cross-over sont encore souvent limités. Mais il arrive qu’on sorte de ce schéma, comme il y a quelques années au Hartslag Festival, à Roulers, où des initiatives co-créatives et durables se sont présentées ensemble. Ou comme le Kunstencentrum Buda qui a organisé un festival autour de la question « What’s the matter with cooperation ? ». Des initiatives de petite taille comme Bolwerk et De Stuyverij allient caractère durable, inclusion sociale et approche co-créative dans leur fonctionnement. À l’échelle de l’Eurométropole aussi, les choses commencent petit à petit à bouger. Le Forum de l’Eurométropole, qui rassemble des groupes et personnes qui constituent la société civile, expérimente déjà depuis une année complète des méthodes co-créatives pour façonner l’agenda et les réunions. 

En route vers la deuxième édition

L’approche axée sur les processus employée par Co-construire est un bon complément aux nombreux rassemblements et conférences qui existent déjà. En effet, la co-création comme méthode de travail et « mentalité » est aujourd’hui un sujet brûlant dans de nombreux contextes : non seulement dans le monde des alternatives durables, mais aussi au sein des pouvoirs publics et dans le monde de l’entreprise. L’utilisation de cette approche comme thématique d’un festival permettra peut-être de faciliter les cross-over thématiques et sectoriels. « Rendez-vous d’ici deux ans » : tel a été le mot de la fin lors de Co-construire. Nous attendons d’ores et déjà avec impatience une prochaine édition.

Texte : Bart Noels, Eurometropolis News
Photo : Facebook Co-Construire

Informations complémentaires

Vous trouverez tous les comptes-rendus des ateliers et séances sur www.co-construire.be