Europe

"Europe : je t'aime, moi non plus ?" : et si on parlait de l’Europe citoyenne ? 

Et si on parlait de l'Europe citoyenne ?
Vous savez, cette grande entité mystérieuse, lointaine, complexe, ce grand territoire dont notre pays et nos voisins font partie. Elle a beaucoup changé, depuis sa création. Ses lignes ont bougé, ses frontières se sont parfois estompées, parfois renforcées. Mais aujourd’hui, qu’est-ce que c’est pour moi, pour nous ? Avec quelle émotion y envisage-t-on (ou non) son avenir ?

Pour répondre à ces questions, l’Eurométropole a proposé un évènement inédit le 27 octobre dernier à La Petite Fabriek : une grande consultation citoyenne participative et innovante autour de l’Europe, celle d’aujourd’hui et de demain – « Europe : je t’aime, moi non plus ? ». Une soirée pour casser les codes institutionnels, pour oser dire, râler, remettre en question ; surtout, une soirée pour avancer, prendre conscience de nos origines communes ou pas et se positionner en tant que citoyen influenceur. 

Il était une fois l’Europe
Tout commence dans le noir. Ils sont près de 120 dans la salle, entre murmures et questionnements : qu’est-ce qui les attend ? Car la forme de cette soirée est pleine de surprises et appelle surtout à l’expression de leurs émotions, positives comme négatives. Tout d’un coup : une voix. Un conteur (Emmanuel De Loeul) apparait sur scène pour narrer l’histoire d’Europe, princesse phénicienne qui est à l’origine du nom de notre continent. Le but : donner une base commune à tous pour pouvoir ensuite créer le dialogue. Après le conte, l’équipe des facilitateurs (Faciliyo & Monkey) demandent à chacun de partager leurs premiers ressentis avec deux voisins qu’ils ne connaissent pas : qu’est-ce qui leur a donné envie de venir aujourd’hui ? Qu’on-t-il appris du conte, qu’est-ce qui les a étonnés ou gênés ? Les langues se délient, les inconnus ne le sont désormais plus. Cette activité brise-glace donne le ton : ouverture et expression seront les maitres mots de la soirée.

Le bureau des exclamations
Maintenant que tout le monde est à l’aise, il est désormais temps de bouger un peu, d’investir l’espace : place au bureau des exclamations ! Aux quatre coins de la salle, des pancartes s’élèvent : un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout. Le jeu consiste à répondre à la question « Europe, combien je t’aime (ou pas) » en se plaçant plus ou moins loin des panneaux pour quantifier son émotion. On hésite, on ajuste sa position : est-ce que je suis un peu plus par ici, un peu plus par là ? Les participants qui le souhaitent peuvent ensuite exprimer leur émotion en une minute. Le micro passe de main en main et les témoignages sont variés, dans le fond et dans la forme. Un étudiant déclame un poème en slam sur cette contradiction d’une Europe qu’il aime mais qui complique les choses ; une femme prône l’ouverture des frontières et l’accueil ; un homme exprime sa désillusion, parlant d’une Europe pour laquelle il a beaucoup donné mais en laquelle il ne croit plus. L’émotion brute est partout. Pour clore cette session, les participants sont invités à exprimer leur sentiment au travers d’un rugissement collectif ou d’une expression corporelle.  A 1, 2, 3 : des « oh », des « ah » ou des soupirs retentissent dans la Petite Fabriek pour former un cri plutôt positif. 


Le World Café : place à la récolte
Une fois ce lest émotionnel lâché, on bouge à nouveau. Ils l’avaient promis, les facilitateurs changent constamment les codes pour mélanger et co-créer. Par groupes de 4, les participants se retrouvent pour réfléchir à deux questions en 2x20 minutes sur la base de canevas distribués : Si j’avais le choix de redevenir Européen.ne, à quelle Europe est-ce que je dis oui ? Cette Europe à laquelle je dis oui, qu'est-ce qu'elle m'apporte ? A l’issue de ces partages et mises en commun, l’heure est à la conclusion autour d’une question finale et individuelle  : Quel est pour vous, le premier pas pour aller dans le sens de tout ce qui a été échangé ce soir ? Les retours parfois succincts, parfois pas, permettent de recueillir le ressenti de l’ensemble des participants. Trois grands thèmes y reviennent en boucle : une Europe sociale, écologique et citoyenne. Envoyé directement aux ministères des affaires étrangères des deux pays : cette récolte de l’évènement passera par la suite au Conseil Européen chargé de compiler le résultat de l’ensemble des consultations citoyennes européennes. Autrement dit, la soirée a été l’occasion de faire remonter par la voie expresse les sentiments et attentes des citoyens à l’Europe directement. Mais pas seulement. La restitution de l’événement est une production qui retournera aux participants eux-mêmes pour approfondir les échanges au cours des deux autres moments-clés à venir autour des élections européennes. La démocratie participative a encore de belles heures devant elle.

Musique, frites, bière et chicons
Pour terminer le récit de l’évènement, le conteur revient avec un conte de sagesse optimiste « Il sera une fois l’Europe » avant de laisser place à une soirée festive. Il est 21h : après l’effort, le réconfort ! L’occasion d’échanger avec les autres participants autour d’une bière ou en faisant la queue devant la barraque à frites présente sur place pour l’occasion. Le président du FORUM, Sébastien Poliart, interroge les participants pour des interviews décalées, un chicon faisant lieu de micro : et toi, si t’avais une baguette magique, que ferais-tu apparaitre ou disparaitre dans l’Europe ? Dans la salle où quelques heures plus tôt résonnait le cri collectif, les concerts de groupes issus des trois versants se succèdent : on est épatés par le rock ambitieux des jeunes Tournaisiens d’Iron Blood, charmés par la pop électro entêtante des Lillois de Rokken is Dodelijk et survoltés par l’indie rock de MoonEye, groupe de Zwevegem. Et après ? Un DJ continue de mixer jusqu’au bout de la nuit. On danse, on parle, on rit : au final l’Europe c’est ça. Un grand mélange, beaucoup d’échanges … et un peu de bière.

Cette soirée du 27 octobre était le premier d’une série de trois temps forts : après cette consultation citoyenne sur l’avenir de l’Europe en octobre 2018, rendez-vous en février 2019 pour une confrontation entre d’un côté les perceptions citoyennes récoltées en octobre 2018 et de l’autre les institutionnels de l’Europe et les candidats aux élections européennes ; enfin en juin 2019, une analyse citoyenne du résultat des élections européennes de mai 2019. On vous y attend de pied ferme !

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