Energie

La Maison du projet de la Lainière : l’économie circulaire appliquée à la construction

Dans une région dont l’architecture reste marquée par des décennies d’industrie textile, comment réhabiliter sans détruire ? Comment valoriser et innover sur des bases durables ? La Maison du projet de la Lainière offre une alternative intéressante de (dé)construction.  

C’est un espace (trans)frontalier par excellence, pile entre Wattrelos et Roubaix, à quelques mètres de Mouscron. Il y a encore cinquante ans se dressait ici le grand site industriel textile de la Lainière, alors en plein essor. Si tout ou presque semble à l’abandon aujourd’hui, on y trouvera en réalité bientôt un nouveau quartier dédié à des activités mixtes (70%) et à des logements (30%). Ce grand projet de chantier, inscrit dans la « Charte des parcs d’activités du 21e siècle » de la Métropole Européenne de Lille, est porté par Ville Renouvelée, aménageur de la Métropole lilloise. A la clé : booster l’économie et l’emploi à l’échelle locale.

Première pousse à l’épicentre de ce chantier : la Maison du projet de la Lainière. On la manquerait presque en passant dans la rue, mais elle est bien là, nichée entre plusieurs bâtiments désaffectés. En entrant dans la salle principale, véritable puits de lumière, on s’interroge : qu’est-ce qui différencie ce lieu d’autres constructions durables ? Comme nous l’explique Emilie Durigneux, coordinatrice de la Maison, derrière l’apparente simplicité de sa structure tout en bois, elle regorge de trouvailles. C’est un peu la « maison témoin » de l’économie circulaire appliquée à la construction : le premier bâtiment en France entièrement conçu selon le concept C2C (Cradle to Cradle – du berceau au berceau). 

C2C, cela signifie que l’ensemble des matériaux qui le composent peuvent être réutilisés ultérieurement et sont sans toxicité pour la nature et les usagers, informe Emilie Durigneux. Entièrement modulable et démontable, la Maison du Projet, c’est une sorte de Maison Lego grandeur nature. Eco-construction, économie circulaire et éthique environnementale s’y rencontrent pour proposer un concept de construction alternatif sans déchet. Qui dit première en France dit aussi innovation, et donc expérimentation. NeoEco a travaillé avec la SEM Ville Renouvelée (maitrise d’ouvrage sur le projet) pour analyser le terrain et ses composantes (les terres, pierres, etc.). Dans leur viseur : voir quelles matières existantes sur le terrain pouvaient être triées et (ré)utilisées. Amine Kadiri, responsable du Pôle Économie Circulaire de NeoEco, insiste sur le fait qu’il a fallu marcher par essai / erreur avant de trouver les solutions les plus durables.

Dans la Maison du projet de la Lainière, c’est place à la créativité, avec le durable et le renouvelable en leitmotiv. Matériaux biosourcés, récupération des eaux de pluie, production de compost grâce aux toilettes sèches, salle de réunion goflable, mobilier en bois sur roulettes pour la mobilité ... le lieu est un canevas neutre qui s’adapte facilement à tous types de fonctions et peut accueillir des publics variés. Aujourd’hui, la Maison du projet sert notamment à la sensibilisation aux nouveaux modes de construction, à la mémoire de l’ancien site industriel, à l’animation de quartier, à la promotion du parc d’activités ... Véritable lieu de rassemblement, elle incite aussi les habitants du quartier à participer à la démarche de recyclage : ils peuvent par exemple y déposer leurs déchets verts pour participer au compost. Au-delà des murs, le C2C continue aussi par le tri des pierres, le choix des emplacements où l’on laisse la végétation s’exprimer ou l’écoulement des eaux … 

Car la Maison du projet n’a pas vocation à rester sur place : elle sera prochainement démontée, ses matériaux réutilisés, et laissera derrière elle un impact positif et un terrain « assaini ».La démarche ne s’arrête cependant pas là : au-delà de la Maison du projet, le durable est présent sur tous les fronts, notamment dans les politiques des villes qui innovent. Alexandre Garcin, conseiller délégué au développement durable de la ville de Roubaix, a ainsi présenté l’objectif « ville 0 déchet, familles 0 déchet » qui vise à réduire le gaspillage. Cette initiative ludique met au défi des familles roubaisiennes volontaires de réduire de 50% leurs déchets au cours d’une année. Pour y arriver, un coach les aide afin de changer leurs habitudes et pratiques et offre des solutions personnalisées. Une idée simple mais efficace qui montre que la ville a aussi un rôle à jouer dans la transition écologique !


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