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L'Eurométropole rurale, entre paix et désir de ville

Une réflexion sur le film Mon village d'Alwa Deluze 

Mais alors qu'est-ce qui pousse une poignée de citoyens à défendre becs et ongles un village qui a vu partir ses habitants au fur et à mesure ? Qu'est-ce qui fait que certains décident de rester ou encore qu’est-ce qui en poussent d’autres à quitter l’attrait des grandes villes pour ces petits villages ?Le Westhoek, la Wallonie Picarde et la périphérie de Lille sont parsemés de petits villages. Quel est leur avenir? 

Mon village

Alors même que tous les visiteurs sortent et que la nuit tombe, une étrange lumière reste allumée au fond de la bibliothèque de Dunkerque. Une poignée d’âmes curieuses s’installe. Deux fois par mois, d'octobre à mars,  la bibliothèque se transforme en salle de cinéma. 

La séance mettait à l'honneur le film Mon village d'Alwa Deluze. Petit village de moins de 200 habitants, Castagnède, niché au cœur de l'Occitanie, étonne par son « énergie citoyenne forte » prête à tous les sacrifices pour sauver et conserver ses biens restants.

Castagnède surprend par sa beauté époustouflante contrastant avec les seuls bâtiments publics restants décrépis et une seule route. Ce film étonnement universel nous renvoie à une questionnement simple: wat is de toekomst van het platteland?

Transposable?

Le film “Mon village”, brillamment réalisé, ne tombe nullement dans l'étalage et les stéréotypes. Bien au contraire, il traite avec bienveillance la désertification des villages au profit des grandes villes, et met en lumière la force du sentiment citoyen.

Petit village sur la carte, Castagnède paie au prix fort l'attraction des grandes villes environnantes.  Un thème transposable semble-t-il partout, car il suffit juste de penser à chez nous, près de chez nous ; où certaines villes de notre région subissent un désamour précoce au profit de grandes villes forte comme Lille.

"La situation en Flandre n'est que partiellement comparable", explique Filip Boury d'Ypres, une ville du Westhoek. Cette région est rurale selon les normes flamandes, mais est déjà raisonnablement urbanisée par rapport aux zones rurales réelles en France. Toute la province de Flandre occidentale se bat depuis des années avec les attraits du diamant flamand qui, dans l'aménagement du territoire, définit la zone entre Gand, Anvers, Louvain et Bruxelles. Les provinces de la périphérie, le Limbourg et la Flandre occidentale ne voient pas leur population augmenter, la population vieillit, et on déplore plus de postes vacants dans les petits villages. D'une part, les visiteurs et les résidents apprécient la paix, d'autre part, il existe également chez eux un certain désir de la ville.

La région de Tournai doute entre urbain et rural, mais obtient des scores relativement élevés en termes de dynamique et de densité par rapport au sud de la Wallonie. Dans les Ardennes, on compte de nombreuses communes de moins de 25 à 50 habitants au kilomètre carré, soit dix fois moins qu'en Wallonie Picarde. Principalement la zone frontalière près de Tournai est densément peuplée, avec des villes et des communes telles que Estaimpuis, Comines-Warneton et Mouscron. Celles à la densité la plus faible avec environ 80 habitants par kilomètre carré se situent également au nord et à l'est de Wallonie Picarde avec des petits villages similaires au Westhoek en Flandre.

Les Saprophytes

Ce jour-là, après le visionnage, un collectif d'architectes et de paysagistes, Les Saprophytes - comprenez par là la référence aux petits champignons se nourrissant d’organismes morts - engageaient la discussion sur l'avenir de nos villes et villages. « Lorsque les habitants auront compris qu'ils peuvent devenir acteurs de leur environnement de vie alors les territoires appartiendront véritablement aux gens », explique alors Melia Delplanque, digne représentante du collectif, « les habitants eux-mêmes doivent se rendre compte qu’ils peuvent prendre le pouvoir sur leur environnement ». 

De nombreuses initiatives existent et sont citées pendant l’échange et on peut remarquer que dans les villes elles-mêmes certains tendent à recréer « le bon vivre villageois » à la mode citadine: cabas de saisons, jardins potagers en ville...

Le futur

On en arrive à s’interroger alors sur les raisons qui poussent certains à laisser la ville pour les villages. De nombreux arguments apparaissent : des raisons économiques, familiales et encore de prise de conscience s’avancent au fur et à mesure de notre conversation. Allant jusqu’ à se demander s’il était également raisonnable de vouloir à tout prix conserver ces villages, en omettant d’accepter la mutation qu’opèrent nos régions ?

Des réflexions cruciales au coeur de nos vies et de nos choix de vie mais qui semblent être parfois transparentes presqu’invisibles des préoccupations de chacun, bien qu’essentiel à notre avenir...Il suffit juste de compter le nombre de curieux ce soir-là. Castagnède, Brunehaut, Willems, Brugelette, Boeschepe, Celles, Chemy, Mesen, …. petits mais si grands !

Magalie Chojnicki-Mattana, Eurometropolis News

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